Côte d'Ivoire : Un Com-zone brise enfin le silence, « voici le père de la rébellion »

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Côte d'Ivoire : Un Com-zone brise enfin le silence, « voici le père de la rébellion »

(Photo d'archives pour illustrer l'article)

Capitaine de corvette de la marine à la retraite, Touré Moussa, a été l'un des premiers Commandants de zones (Com-zones) dans la rébellion Armée qui a divisé la Côte d'Ivoire de 2002 à 2010. Dans cette interview accordée à APRnews, il fait des révélations jamais dites sur l'histoire de la rébellion ivoirienne.

Se présentant comme le plus âgé des com-zones, il a décidé de prendre la parole pour dire sa part de vérité sur tout ce qui se raconte autour de ce mouvement armé, particulièrement, Guillaume Kigbafori Soro.
APRNEWS vous propose la première partie de cette Interview exclusive.

Pouvez-vous vous présenter à nos lecteurs ?

Je suis Touré Moussa, Capitaine de corvette de la marine à la retraite. J'ai fait partie des Com-zones dès les premières heures de la rébellion ivoirienne. J'étais à Boundiali. De Boundiali, j'ai été affecté à l'Etat-major à Bouaké où j'ai été nommé Directeur des eaux et forêts et des douanes. J'ai géré Bouna, Odienné et Boundiali.

Comment a débuté cette affaire de rébellion ? Avant tout ça, qui a juré et qui ne l'a pas fait ? Dites-nous, en tant que sachant, votre part de vérité.

Seul Soro (Guillaume Soro. Ndlr) n'a pas juré parmi nous. On a commencé par IB (Sergent-Chef Ibrahim Coulibaly), Zaga zaga (Diarrassouba Oumar dit Zaga-zaga. Ndlr), Tuo Fozié, Adams (Adama Coulibaly) Shérif Ousmane et moi. Soro était présent parce qu'engagé par IB (paix à son âme) pour nous aider à communiquer et à faire nos déclarations après notre coup en Côte d'Ivoire, c'est tout. Je regrette la mort de Zaga zaga. C'est un monsieur qui avait l'amour pour ce pays. Il est mort "bêtement'' à Bouaké. Il a été abattu bêtement à Bouaké. Il y a également Moussa Koné. Il y a Adams qui était le technicien de notre groupe. Quand il y a un problème, c'est lui qu'on appelait. Il a été tué bêtement aussi. Le jour où on devait attaquer, il devrait être à l'aéroport. Il a manqué de chance ce jour-là. Je peux vous dire que tous ceux qui ont trahi vont tous le payer. Soro pourrait être félicité pour la ruse dont il a fait preuve afin de contrôler notre mouvement. Le jour de notre rentrée au pays, c'est Soro qui était l'organisateur. Soro a été malin. Il a endoctriné des Com-zones qui n'ont rien compris dans la vie. Il se fait entourer de ceux-là pour combattre ceux qui disent la vérité. C'est ce qui a été le point fort de Soro. On était déjà organisé avant son arrivée. On avait déjà créé notre Etat-major. Le premier chef de l'Etat-major était Tuo Fozié. On avait créé la comptabilité qui était gérée par Jah Gao (Colonel major Koné Gaoussou dit Jah Gao. Ndlr). Moi j'étais conseiller, Zaga zaga était l'homme fort. Je ne sais pas pourquoi la politique est venue nous séparer, nous diviser. Soro y est pour beaucoup. Lui et ses hommes combattaient les soupçonnés pro-IB.

[ Cette rébellion n'avait pas été créée contre quelqu'un. Même pas contre Laurent Gbagbo ]

Pourquoi cette rébellion et contre qui ?


Cette rébellion n'avait pas été créée contre quelqu'un. Même pas contre Laurent Gbagbo. Aux premières heures de notre organisation, c'est le général Robert Guéi qui était le Chef de l'Etat. Guéi n'a pas compris notre mission auprès de lui. Il a essayé de nous éliminer tous, surtout, nous qui n'avons pas été compris. Notre réaction a été une révolte qui a commencé par le complot du cheval blanc, qui était la première révolte faite contre Guéi. Mais ça n'a pas marché et nous nous sommes retrouvés dehors. D'autres sont passés par le Mali, le Burkina, le Ghana. On était prêt à revendiquer nos droits. Après, nous sommes revenus sur Bouaké. L' Armée ivoirienne était plus puissante. On nous a chassés. Nous sommes repartis pour apprendre encore. On est rentré à nouveau au pays par petit groupe. J'étais à Korhogo et nous avons envoyé des gens à Abidjan. Le 19 septembre 2002 quand ça a éclaté, ça n'a pas été facile. Nos amis sont rentrés. IB était notre patron. Il avait deux gardes de corps : Koné Zakaria et Adams. IB n'est pas rentré à Korhogo. Il n'a pas voulu nous écouter, alors nous nous sommes rebellés contre lui. C'est à partir de là que nous avons pris Soro Guillaume pour être notre Secrétaire Général, notre représentant civil pour le volet politique. Tout le monde se référait à ses conseils. Nous avons donc créé un secrétariat à Bouaké. Et la partie Nord a été divisée en zones où on envoyait des commandants qu'on appelait : les Com-zones. Nous avions Ferkessédougou, Korhogo, Odienné, Séguéla. Tuo Fozié a été le premier Com-zone. Après, il y a eu Shérif Ousmane. Moi, j'étais à Boundiali. On était bien organisé, mais la politique est venue nous diviser.

[ Le rôle joué par Moustapha Châfi ]

Est-ce-à dire que les commanditaires de cette rebellion sont les hommes politiques ?


Pas du tout ! Les hommes politiques ne sont pas commanditaires de la rébellion. Le patron de la rébellion, c'est IB. Il a été financé par Kadhafi. C'est IB qui était avec Kadhafi. Avec un Malien métis touareg qui était intermédiaire, un certain Moustapha Châfi. Soro est arrivé après tout le monde. C'est IB qui a dit: « celui-là, on le prend comme communicateur. Parce qu'il est instruit, il parle bien ». C'est pourquoi tout le monde a accepté Soro Guillaume. Sinon, c'est IB qui était notre patron.

Quelles sont les raisons profondes de cette rébellion ?

Avant toute chose, je peux vous dire que nous avons juré sur le coran pour ceux qui sont musulmans et sur la bible pour ceux qui sont chrétiens. L'objectif étant de ne jamais nous trahir. Ceux qui étaient chrétiens n'étaient pas nombreux. Notre serment : « On vient au pays, pas pour voler. On vient au pays pour revendiquer nos droits. Pour libérer nos parents qui sont victimes ». C'est notre mission qui justifiait cette rébellion. Chacun de nous a reçu 350.000 mille F CFA avant de rentrer au pays. Nous sommes rentrés à pied et chacun s'est débrouillé pour aller dans son lieu de combat. La rébellion n'était pas contre Gbagbo. On a même négocié avec lui. Nous sommes passés par l'Ambassadeur de Côte d'Ivoire au Mali pour qu'il intervienne afin qu'on rentre au pays. Laurent Gbagbo a dit que nous n'avions pas notre place en Côte d'Ivoire. Il nous demandait donc de rester au Mali. Quand tu dis à des soldats de rester quelque part hors de leur pays, s'ils sont au nombre de 40 ou 50, ils vont se débrouiller pour rentrer (rire). C'est ce qui s'est passé. Sinon, Gbagbo n'avait rien à avoir dans notre combat. Ni Alassane Ouattara.

Peux-t-on dire que la rébellion a atteint ses objectifs ?

Ce n'était pas fait pour faire du mal à quelqu'un. Nos frères d'armes même, on n'était pas venu pour les attaquer. On était venu pour qu'on se comprenne. Et pour notre réintégration. La preuve, on avait des amis, des frères d'armes ici en Côte d'Ivoire qui étaient en contact avec nous. Mais quand nous sommes rentrés à Korhogo, on a vu que Soro Guillaume et ses hommes ont créé « Central ». C'est Central qui a bafoué tout. Si tu n'es pas dans le bois sacré de Guillaume Soro, tu ne gagnes rien.

Qu'est-ce-qui a rendu Guillaume Soro fort dans cette rébellion au point qu'il a contrôlé votre mouvement ?

On a eu des com-zones lâches qui se sont alliés à Guillaume Soro pour bafouer d'autres com-zones. Soro a été plus fort dans ce jeu de malin-malin. Sinon au début de cette affaire, il n'était rien du tout. Mais il a pris du poids et il a raclé tout sur son chemin. Et tout le monde le suivait. Si tu n'es pas avec Soro, on t'élimine. Les plus chanceux sont envoyés ailleurs. Le jour où on donnait le nom MPCI (Mouvement patriotique de Côte d'Ivoire. Ndlr), j'étais là. Il y a eu trois nominations ce jour-là. Soro a été nommé porte-parole, moi, conseiller et IB qui était le Président. Tuo Fozié était le chef d'Etat-major. Jah Gao était le comptable. C'est devant moi que tout a été créé du début à la fin.

Interview réalisée par AWA TEE
source : APRNEWS

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