Reportage Prostitution juvénile à Marcory : A la découverte d'un ''marché'' de filles mineures en Zone 4

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Reportage Prostitution juvénile à Marcory : A la découverte d'un ''marché'' de filles mineures en Zone 4

(Photo d'archives pour illustrer l'article)

Le quartier Zone 4 dans la commune de Marcory, est connu comme l'épicentre de la prostitution à grande échelle à Abidjan. Une triste renommée consacrée par la pléthore de bars de strip-tease et de maisons closes qui pullulent les artères de ce quartier. Une incursion dans cet univers où se côtoient sexe, alcool et drogue, dévoile l'ampleur du recrutement, de plus en plus, de mineures par des proxénètes pour entretenir ces espaces.

Mardi 20 mars 2018, il est 23h, lorsqu'en quittant le bureau, nous sommes témoin d'une scène des plus intrigantes. Un ressortissant d'un pays arabe, la trentaine révolue, pris à partie par des vigiles de sociétés jonchant la rue Louis Lumière, à Marcory Zone 4C. La raison, l'homme serait un pédophile et aurait tenté d'abuser de deux mineures âgées entre 13 et 15 ans. Au moment où nous nous enquerrons auprès des uns et des autres, pour mieux cerner les contours de cette affaire, le présumé pédophile réussit à s'extraire des mailles de ses "bourreaux'' et à disparaître dans la pénombre. Toutefois, nous recueillons les témoignages des deux fillettes. Des confidences des ces mineures qui écoeurent à bien d'égards et donnent froid dans le dos. « Chaque nuit, le tonton blanc-là, nous invite ici, pour nous donner de l'argent. Mais, avant de nous remettre l'argent, il nous demande de mettre son s... dans notre bouche et de "tirer-tirer'' », révèle Mouna, l'une d'entre elles, avant que Nahomie, la seconde fillette ne confie : « Il (le pédophile) a promis de nous trouver du travail si on acceptait ce qu'il nous disait». Sidéré par ces propos et convaincu que le phénomène de pédophilie continue de prendre de l'ampleur, nous décidons de faire une incursion dans des espaces des rues du célèbre quartier Zone 4 où essaiment des bars de strip-tease et autres maisons closes.

Rue Paul-Langevin, samedi 15 septembre 2018, la nuit tombe sur ce lieu chaud où flotte une forte ambiance de fête. Une flopée de filles se fraie du chemin, à travers une file de véhicules, à quelques encablures d'un supermarché, pour prendre d'assaut restaurants, discothèques et surtout bars où se monnaie le charme. De plus en plus de filles, à peine sortie de l'adolescence figurent au nombre de ces travailleuses de nuit dont la majeure partie se laisse prendre dans l'étau de la prostitution juvénile. Une adolescence sexuellement à vendre que nous rencontrons dans un des mythiques établissements de la rue Paul-Langevin. Ici, l'éclairage est tamisé. Et la musique assourdissante. Une ribambelle de filles se déhanche sur la piste de danse. Quand d'autres fument un joint ou consument un nombre incalculable de cigarettes. Deux d'entre elles perchées sur des talons aiguilles, en minijupe et en robe transparente, se livrent à des jeux de scènes osées sur un mat. Un véritable exercice de trapéziste qui suscite une sorte d'hystérie au sein de cette clientèle composée essentiellement d'expatriés. Dans ce lieu de tous les excès-excès de paroles, de boisson et de sexe-certains prennent la liberté de refaire le monde. Quand d'autres déshabillent la société, la dissèque, la reconstitue et la remodèle. Juste le temps de prendre un verre et de deviser avec un confrère qu'une dizaine de mineures dont l'âge oscillent entre 13 et 15 ans, s'installent dans un des salons feutrés de cet endroit voué à la prostitution. Ces mômes aux sourcils tracés exagérément au crayon noir et le visage couvert de talc donnent l'impression de préparer un assaut pour traquer "une proie'', comme on surnomme ici le client. Un sentiment qui se justifie lorsque nous apercevons un homme derrière le comptoir faire d'incessants gestes du bras.



Entre proxénétisme et bordel oriental. Cet homme n'est autre que le maître des lieux. Un proxénète très célèbre qui a fait fortune dans ce juteux business. Une poignée de minutes que deux des filles s'installent à nos côtés. «Bonsoir messieurs, on peut vous faire un massage ? », interroge une d'entre elles. Puis l'autre de renchérir : « Massage plus b... ou partouze, c'est juste 50 mille FCfa ». Nous leur répondons avec une dose d'ironie que cela revenait cher pour une simple partie de jambes en l'air. La première qui s'était adressée à nous, fronce les sourcils, et rétorque : «Ici, ce n'est pas Yopougon ou Adjamé Bracodi. Et nous ne sommes pas des Ghanéennes ou des Nigérianes ». Un ton inamical qui sort le confrère en notre compagnie de ses gonds. Franck, un noceur habitué des lieux hot dont nous avions préalablement fait la connaissance, à l'entrée du bar, en lui expliquant les motivations de notre immersion, a suivi la scène. Il se convainc que les choses risquent de tourner au vinaigre. Aussitôt, il intervient pour calmer le jeu. Les deux belles de nuit, loin d'être des enfants de choeur, sont priées de quitter notre salon. «Faîtes attention ! Ces filles sont très dangereuses. Les proxénètes ont de plus en plus recours aux mineures. Des filles de 12 à 15 ans dont raffolent les pédophiles ». Et de préciser : « Concernant ces deux filles, leur patron les tient en laisse en les soumettant à une prise considérable de drogue pour se "taper'' le maximum de clients en une soirée ». Prenant place à nos côtés, Franck qui nous sert de fixeur, laisse entendre: «Avant les choses étaient florissantes. De nombreuses filles ont fait fortune dans les bars de strip-tease. Il y en a même qui ont réussi, après avoir travaillé pendant des années pour quelqu'un, à créer leurs propres bars. D'autres aussi ont rencontré des Blancs avec elles ont refait leur vie. Je connais une des prostituées qui a hérité des biens et maisons d'un Français devenu son époux et qui est décédé ». Et d'expliquer la réaction violente des prostituées : « Ça ne marche plus comme avant. Les moments de disette comme aujourd'hui, elles deviennent "venimeuses'' (acariâtres et violentes) parce que les clients cherchent à casser les prix ».

Des heures de partage et d'échanges terminées, nous quittons les lieux. Après un intermède à la rue du canal où règne une sorte de bordel oriental, avec des lieux de plaisirs réservés à une poignée de privilégiés. « Aux Arabes », confie, sous le sceau de l'anonymat, un vendeur de cigarettes, connu des inconditionnels des nuits chaudes abidjanaises qui fréquentent cette rue, avant de confier qu'une forme de découpage géographique de la prostitution se décline avec des prostituées marocaines ou libanaises destinées à séduire des clients fortunés, saoudiens, émirati ou maghrébins.

Des mineurs homos dans la prostitution. De cette immersion nocturne dans les rues du quartier Zone 4 sis à Marcory, il nous a été donné de constater que la prostitution adolescente ne concernait pas que les fillettes. Des adolescents pour la plupart des homos, ne se cachent pas pour aller monnayer leurs charmes aux pédophiles friands de chair tendre de mineurs. Nous en avons rencontré derrière un supermarché, à quelques encablures de la rue Mercedes.

Âgés de 14 à 17 ans, ils se fondent dans cette nuit, en enfilant des tenues affriolantes de filles assorties de d'excentriques perruques. Efféminés, à bien des égards, on les prendrait pour des jeunes filles. Un manager d'un des bars cotés de ce secteur, dont nous taisons le nom, connaît les pratiques de cette fournée de mômes inscrits au panthéon de cette "jeunesse à vendre''. «Ce sont des homosexuels mais qui sont mineurs. Ils viennent des quartiers périphériques des communes de Marcory, Koumassi et Port-Bouet, dans cette rue et dans des bars pour se prostituer. Ils sont beaucoup prisés par les expatriés », confie-t-il, avant de révéler que des rixes entre eux et les prostituées qui jonchent cette rue, sont de plus en plus récurrentes. Car, les dernières accusent ces "pédés'' de leur avoir grappillé une importante part de marché au sein de la communauté d'expatriés qui fréquentent ces endroits, réputés comme des zones d'extrême luxure.

Une crise dont le point culminant à été cette bagarre généralisée entre la gent des homos adolescents et celle des professionnelles du sexe. Qui a occasionné un mort et de nombreux blessés, marqués à vie par les indélébiles stigmates des blessures laissées par de tranchantes lames rasoirs. Avant de faire notre pied à terre, un 4x4 aux vitres fumées, attendant à l'angle de cette rue, dans l'une des ruelles sans nom, attire notre attention. Aussitôt un homme de race blanche sort du bolide et échange, en un temps éclair, avec deux de ces adolescents. Les minutes qui suivent, tous s'engouffrent dans le véhicule, et s'évanouissent dans la nature. Les commentaires de notre interlocuteur édifient et confirment de l'ampleur du phénomène de la prostitution adolescente.



L'histoire d'une interview

Le promoteur touristique, K.F., est un proche de longue date. Lorsqu'au cours d'une soirée-anniversaire d'une agence de voyage, à Riviera Golf, nous lui expliquons notre volonté de savoir s'il existe un lien entre tourisme et prostitution. Sa réponse ne s'est pas fait attendre. Loin s'en faut. Il a "inconsciemment'' commencé à lever le lièvre sur les pratiques qui ont pignon sur rue dans le secteur du tourisme. Avant de se rétracter quand il s'est rendu compte qu'il s'exprimait en face d'un journaliste. En dépit de nos assurances de ne pas livrer son identité, l'homme s'est refusé à poursuivre toute discussion. Nous acceptons de ne point l'importuner et de prendre rendez-vous avec lui. Deux jours après, nous le joignons au téléphone et arrivons à le convaincre à faire une interview. Rendez-vous est pris à 20h, dans un restaurant situé à Arras 3, à quelques encablures de l'ex-mythique établissement de loisirs, Whisky à Gogo, non loin du Karaoké Cabane Bambou, où officiait Ruth Tondey. Aux pas de course, nous arrivons au lieu de rendez-vous. Malheureusement, nous ne constatons que visage de bois. Joint pour savoir si la rencontre tenait, KF. répond par l'affirmative. Tout en demandant de le rejoindre à la rue 12, avenue 15. Qu'à cela ne tienne. Nous ne trouvons aucun inconvénient. Une demi-heure après, nous sommes accueilli dans une cafétéria marocaine. Avant d'être conduit dans une discothèque où est assis en compagnie de deux adolescentes, le promoteur touristique, également agent de voyage. Juste après les salamalecs, l'une d'entre elles interroge : « C'est lui qui doit nous trouver du travail ». Notre interlocuteur fronce les sourcils et arbore une mine menaçante qui fait taire immédiatement la fille. Aussitôt, il se soumet à notre questionnaire pendant une vingtaine de minutes. L'affaire étant dans le sac, nous prenons congé de notre hôte, en nous réjouissant d'avoir réussi notre mission.


source : Soir Info    |    auteur : DIARRA Tiémoko

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